INTRAPRENEURIAT

Marjorie Pouzadoux Bokobza

L’intrapreneuse infiltrée

Article : Laure Coromines

Interview et photo : Valentin Pringuay

TERRA INCOGNITA #01 EN QUÊTE DE SENS

Marjorie Pouzadoux Bokobza a grandi entourée de magazines. Dans la boutique de ses parents, diffuseurs de presse à Nice, la petite méditerranéenne est frappée d’une évidence : « Plus tard, c’est moi qui développerais des magazines ! » Aujourd’hui Directrice Marketing Luxe chez Prisma Media, la sémillante Marjorie nous a reçus à l’appartement Gala, entre les fauteuils coquets et un imposant piano à queue, pour nous raconter son envie d’encourager les autres à entreprendre.

 

Un rêve de petite fille

 

Issue d’un milieu assez modeste, Marjorie n’a toutefois manqué de rien. Sa fascination pour les magazines a commencé très tôt, en feuilletant les journaux dès son plus jeune âge. « À l’époque, tout était en format papier, j’étais au coeur de l’information. » Après 20 ans passés dans le sud de la France, l’envie de travailler pour un grand groupe de presse la taraude. Marjorie part vivre à Paris, un peu contre l’avis de ses parents. Après un stage au sein de FHM, elle rejoint Prisma Presse. « Pour moi, entrer chez Prisma, cela signifiait beaucoup. » Elle a alors la chance de faire partie des managers qui transforment l’entreprise et cette dynamique la passionne. Ses expériences dans le groupe se succèdent : Voici, VSD, Gala… « J’aime toutes les premières fois, je suis vraiment dans cette énergie-là ! » Les premiers sites internet, Voici.fr, le premier million de visiteurs uniques, les premières applis, les premières apps social media… Marjorie touche à tout et accumule plus de 10 ans d’expérience dans des projets d’innovation.

 

Les vagues de la vie

 

L’intrapreneuriat toque alors à sa porte à un moment de sa vie où Marjorie sent qu’elle a besoin de changement. À 32 ans, Marjorie réalisé son fantasme de petite fille : elle est Directrice Marketing de 3 marques, elle a un grand bureau à elle et dirige une équipe très motivée et dynamique. Mais brusquement son château s’écroule : son éditeur s’en va et elle doit tout reconstruire. Mais Marjorie ne se laisse pas abattre. « Cela fait partie des vagues de la vie. Dans ces moments-là, il y a ceux qui se perdent dans cette vague et qu’on ne voit plus, et ceux qui comme moi décident de dépasser le mur. » Marjorie intègre une nouvelle équipe et s’empare d’un poste encore plus tourné vers l’innovation et l’extérieur. Pour elle, ce point est clef car c’est ce qui la prépare à l’intrapreneuriat. Lors d’un forum, elle fait une rencontre décisive. Elle papote deux minutes avec Stéphanie Tramickeck, alors country manager France de Pinterest, qui l’inspire énormément. « Je ne sais pas comment l’expliquer… je me suis dit : mais qui est cette nana? J’avais vraiment envie de savoir qui est cette femme, comment elle était arrivée à la tête de Pinterest France. » Curieuse, Marjorie se rend sur son profil Linkedin et découvre le terme d’intrapreneur dans sa description. Elle s’interroge sur la notion et découvre que le terme existe aux États-Unis depuis les années 70. Qui sont les intrapreneurs ? Des « entrepreneurs corporate », c’est-à-dire des salariés qui ont les mêmes qualités de résilience, d’agilité et de pouvoir de conviction que les entrepreneurs, et qui s’inspirent des méthodes de start-up pour insuffler l’innovation dans l’entreprise.

 

Se révéler à soi grâce à l’intrapreunariat

 

« À partir de là, c’est l’étincelle ! » Durant les 5 années suivantes, Marjorie développe ses projets en entreprise. À l’époque où il était encore compliqué qu’une marque digitale existe sans site internet, elle fonde ZWIQ!, une plateforme 100% social media qui répond aux questions divertissement des millennials, « une cible passionnante que j’adore travailler. » Pour mener à bien son projet, elle monte une cellule projet rassemblant en interne tous les savoir-faire nécessaires à l’aboutissement et l’implémentation de la plateforme. Son équipe rassemble un journaliste, un financier, un commercial et s’appuie sur un studio pour gérer la partie vidéo. Marjorie veut aller vite, comme les start-up. « Un projet qui mettrait 3 à 6 mois à sortir dans une petite structure met deux ans à sortir en grand groupe », déplore Marjorie. « Et un projet qui n’est pas lancé en 3 mois, c’est perdu ! Il m’est déjà arrivé de passer des années sur des projets, le temps qu’ils soient développés, ils ne s’inscrivent plus dans la stratégie de l’entreprise. Il faut apprendre vite, et s’adapter vite ! » Elle lance aussi en mode « infiltré » un nouveau projet au sein de Prisma Media pour éveiller la créativité : Brainstorm&Co, grâce auquel tous les collaborateurs partagent des idées innovantes en fonction de leurs centres d’intérêt pour les intégrer à des projets d’entreprises. Si par exemple le service des opérations spéciales veut monter un évènement équestre, mais ne connaît rien à cet univers particulier, il peut faire appel à un collaborateur enthousiaste pour booster leur brainstorm.

Elle réalise aussi que ce qui lui plaît le plus, c’est que les gens se révèlent à eux-mêmes grâce à l’intrapreneuriat. Elle cite l’exemple de Danielle McCaffrey, rédactrice en chef de Néon, qui porte maintenant des valeurs entrepreneuriales très fortes. En plus de son travail de journaliste, cette dernière monte des business plans et s’implique auprès de ses partenaires financiers. Danielle elle-même s’étonne de sa métamorphose et félicite Marjorie : « Avant de te connaître, je ne savais pas que j’étais intrapreneur. »

 

Les Intrapreneuses

 

Encore une fois, cela fait tilt chez Marjorie : « C’est cette mutation que je veux accompagner. » Pour elle, on touche presque au développement personnel avec l’intrapreneuriat comme un moyen de se révéler à soi de manière positive. Elle crée alors la marque Les Intrapreneuses, de manière complètement déconnectée de Prisma Media. À l’origine, un groupe Facebook rassemblant les 50 personnes les plus susceptibles de célébrer l’esprit de l’intrapreneuriat. Marjorie prend soin de choisir 25 hommes et 25 femmes, d’inclure aussi bien des personnes d’influence que des grands patrons. En quelques jours, le groupe atteint les 500 membres grâce au principe de la cooptation. Le but est de faire comprendre que tout le monde peut développer des qualités d’agilité et de résilience, être optimiste, se préoccuper de l’élan plus que de la perfection et adopter des méthodes éprouvées en start-up. « Surtout que quand on connaît le taux d’échec des start-up – plus de 9 sur 10 – ça décomplexe et donne la force d’avancer, il faut y aller ! » Pour diffuser cet état d’esprit, Marjorie partage ses sources d’inspirations, comme Joan Boahn, CFO de Walt Disney, qui crée des livres numériques pour enfants dyslexiques, ou encore Caroline Ramade de Paris Pionnières, qui lance le programme 66 Miles pour soutenir les intrapreneurs. Elle organise aussi des évènements pour booster la créativité de la communauté. « Les Intrapreneuses, c’est feel good dans la forme, très sérieux dans le fond », résume-t-elle avec un sourire chaleureux.

 

Intrapreneuse infiltrée

 

Faire un jour le grand saut pour devenir un jour « un vrai entrepreneur ? » « Je suis complètement une entrepreneuse dans l’entreprise. Je sais que les startupeurs se heurtent à des risques bien plus grands, mais en tant qu’intrapreneur, on développe le même état d’esprit. » Ce qui porte Marjorie, c’est l’envie d’essayer de nouvelles choses. Son envie d’intraprendre vient de sa volonté de tester de nouveaux modèles, « le côté lab et innovation, c’est mon meilleur moteur ! » Marjorie se définit avant tout comme un intrapreneur infiltré, un intrapreneur du quotidien, qui injecte de l’innovation dans son entreprise dès qu’il le peut. Toujours alerte, ce type d’intrapreneur se renseigne auprès de son réseau pour rester à la pointe des dernières tendances et va à la rencontre des nouvelles technologies. « Quand je vois poindre quelque chose de nouveau, je me pose tout de suite la question : est-ce que cela s’applique aux médias ? » D’un naturel très optimiste, Marjorie s’est spontanément rapprochée de l’état d’esprit start-up, dont elle a embrassé les valeurs d’agilité : test and learn et fail fast, learn fast sont devenus ses mantras. Car au même titre qu’un entrepreneur, un intrapreneur doit lever des freins énormes : « Pour réussir à faire bouger toute une boite, il faut déployer une énergie phénoménale. » Le tout en essayant de s’inscrire dans la stratégie globale, en apportant des projets rentables, soutenus par un business plan et une vision financière. « Mais j’aime évoluer dans un univers de process et de politique interne, cela m’amuse. J’assume pleinement ce que je suis, un entrepreneur corporate », poursuit Marjorie. Marjorie a fait sienne la devise d’Eleanor Roosevelt : Faites chaque jour quelque chose qui vous fait peur. Elle assure que si tout le monde ne peut pas devenir intrapreneur, tout le monde peut changer d’état d’esprit : ne plus être tétanisé par l’échec, faire le tri dans ce qui nous plaît au et nous nourrit. « On est dans un monde incertain, à l’intérieur de l’entreprise comme à l’extérieur. Développer des qualités d’intrapreneur, c’est apprendre à s’adapter à ce monde-là, à aimer les vagues. »

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