ENVIRONNEMENT

Nicolas Hulot

FONDATION POUR LA NATURE ET L’HOMME

“L’État n’a pas le temps de faire émerger un nouveau modèle de société. »

 

Interview et rédaction : Valentin Pringuay

Photographies : Alys Thomas

 

TERRA INCOGNITA #6  CLIMAT, IL EST TROP TARD POUR NE RIEN FAIRE

Cette rencontre avec Nicolas Hulot a bien évidemment eu lieu avant le confinement. A un moment où l’on était à mille lieues de se douter que l’on serait bientôt confinés chez nous. 

Pourtant, nous avions déjà longuement parlé du “monde d’après” : celui qu’il souhaitait voir émerger pour répondre à nos crises environnementales et démocratiques. 

C’est juste qu’à l’époque, on ne savait pas encore qu’il y aurait une autre crise, sanitaire celle-là, qui offrirait l’opportunité d’avoir un avant et un après. 

Le projet d’un renouvellement de la société est pourtant déjà là depuis de longues années. Dans cet entretien qui a duré plus de deux heures, Nicolas Hulot nous confiait déjà son scepticisme sur la capacité au gouvernement à mettre en place ce nouveau modèle de société. 

Pour reprendre ces mots : « Ce n’est pas quand votre bateau est pris dans la tempête que vous pouvez imaginer un nouveau bateau. »

Lors de l’interview de Nicolas Hulot, en présence de trois lectrices de Terra Incognita avec qui nous avons co-construit l’échange : Noémie Brossault au centre (auteure du Guide Petit Futé Saint-Malo La Côte d’Émeraude), Myriam Domange à droite (restauratrice et chef dans un restaurant végétarien de Saint-Malo), et Carla Beauvais de dos (Ingénieur agro-alimentaire).

Une posture à part

Resté très longtemps en tête du classement des personnalités politiques préférées des Français, son nom ne fait pas l’unanimité lorsque je l’évoque dans les semaines qui précèdent l’interview.

« Mais qu’a-t-il fait concrètement pour l’écologie ? »

« C’est un traître à la cause ! » 

Les accusations sont aussi nombreuses que violentes, mais je lui trouve autant de défenseurs.

Mais alors pourquoi le nom de Nicolas Hulot déchaîne-t-il autant les passions ?

Je n’ai pas la prétention d’avoir la réponse à cette question, mais j’ai le sentiment qu’on peut directement l’imputer à sa posture à part. Dans notre société, le choix d’un camp politique se fait en opposition avec le camp adverse. Si vous êtes de gauche, vous condamnez les politiques de droite et vice-versa.

Nicolas Hulot a aussi bien travaillé avec Jacques Chirac, François Hollande, Nicolas Sarkozy qu’Emmanuel Macron… Par conséquent, il donne des raisons aux opposants de chacun de douter de lui, de lui trouver une posture opportuniste. 

Notre société aime mettre les gens dans des cases… et Nicolas Hulot a toujours défié cette classification simpliste : 

« À partir du moment où vous entrez dans un camp politique, vous vous privez de la confiance d’au moins 50% de la population. Et dans ce souci de rassemblement et de convergence, j’arrive à avoir une forme d’écoute aussi bien de gens de gauche, du centre, de droite, parfois même d’extrême gauche… C’est une situation qui est très précieuse, qui est très fragile. Mais qui est utile dans ce monde où tout est clivant. »

Le rôle que Nicolas Hulot essaye de tenir est donc celui de rassembleur. L’avenir de notre planète, de la biodiversité et de l’humanité est bien trop important pour laisser passer les cinq années du mandat d’un gouvernement pour qui l’environnement est la cinquième roue du carrosse. Est-ce de l’opportunisme quand il s’agit de faire avancer les choses, quel que soit l’homme à la tête du pays ?

C’est cette critique que l’on retrouve au cœur des attaques contre sa Fondation pour la Nature et l’Homme qui, malgré des positions fermement anti-nucléaire, a longtemps travaillé avec une entreprise comme EDF. Encore une fois, la Fondation suit la stratégie de son créateur : parler avec toutes les parties prenantes comme seule manière de faire progresser notre société.

C’est la raison pour laquelle Nicolas Hulot avait refusé les propositions de plusieurs présidents précédents pour rejoindre leurs gouvernements : « Je trouvais que c’était un rôle complémentaire et qu’il fallait que j’en reste là en agissant du côté de la société civile. » Il avouera l’autre raison à ces refus successifs : « Je ne m’en sentais absolument pas capable, je ne me sentais pas prêt. Être dans un gouvernement ne correspond en rien à mes aspirations intimes. Pour moi, c’était plus une mission qu’une envie, une vocation ou une ambition. »

« Être dans un gouvernement ne correspond en rien à mes aspirations intimes. Pour moi, c’était plus une mission qu’une ambition. »

Nicolas Hulot se laissera finalement séduire par le discours d’Emmanuel Macron : « J’ai vu arriver cet homme-là qui, à mes yeux, avait mis un préalable important, c’est-à-dire qu’il faisait un gouvernement avec une diversité politique et une diversité culturelle. Autant de personnes du monde politique que du monde de la société civile. J’avais le sentiment qu’il allait casser des codes partisans, ce qui est pour moi essentiel parce qu’on est quasiment en guerre [contre le dérèglement climatique], avec des clivages politiques qui n’ont pas de raison d’être. Cela ne veut pas dire que les valeurs de chacun sont obsolètes mais on doit se retrouver sur l’essentiel. Et j’ai eu le sentiment quand il m’a proposé d’être ministre qu’il allait incarner ça. »

Une dernière raison le décide enfin à accepter : « Je me suis surtout dit : c’est la dernière fois que l’on va me le proposer et au moins je n’aurai pas de regret, je me dirai que j’ai tout essayé. J’aurai tout essayé. »

Il rejoint donc le gouvernement Macron en étant parfaitement conscient de la fragilité de sa position : « Vous pourrez retrouver des interviews de l’époque, j’avais employé cette formule : ou je les inspire, ou ils m’aspirent. »

La déception sera évidemment au rendez-vous mais Hulot se refuse à attaquer l’actuel président : il ne pense pas avoir été la victime d’une récupération politique. « Dans l’entretien que j’ai eu avec Emmanuel Macron, je lui ai fait comprendre qu’il fallait coupler au niveau de l’État, que l’on me soutienne, que l’on distribue les rôles, que c’était une transition systémique. Que je ne pouvais pas agir sur l’ensemble du gouvernement et qu’il fallait Matignon et l’Elysée en soutien de tâches et de rôles que je pouvais synchroniser ou initier. Comme on m’a garanti ça, j’y ai cru. Pendant un moment, j’y ai cru. Mais je n’avais pas l’autorité politique. Et je pense que quand ils m’ont fait cette promesse, ils y croyaient eux-mêmes. Ils ont été rattrapés par le quotidien et les contradictions de notre société. Je ne pense pas qu’ils ont simplement essayé de me récupérer. Il y avait de la sincérité à l’époque. Mais deux sincérités différentes, c’est-à-dire que ma perception de la crise écologique – pour ne parler que de cette crise-là – et celle qu’en avaient le président et le premier ministre… étaient sur deux échelles différentes. Pour eux, sur une échelle de Richter, on est à 2… pour moi, on est à 7. Pour moi, c’est la crise qui conditionne toutes les autres. Pour eux, c’est un aspect de la crise. Et à partir de ce moment-là, évidemment, on est en permanence en conflit parce que l’on ne vit pas les choses de la même manière. Eux soignent une bronchite ; moi, j’essaye de soigner un cancer généralisé. »

Faute de les avoir inspirés, l’ancien ministre semble avoir réussi à s’échapper avant de se laisser aspirer. Il démissionne en direct dans la matinale de France Inter, le 28 août 2018.

Les effets d’une démission

De son propre aveu, Nicolas Hulot se donnait un an et demi pour aviser sur les suites à donner à son engagement gouvernemental. Mais sa décision est précipitée lorsque, cette semaine-là, il est frappé de la conviction profonde qu’il n’aura jamais les moyens d’initier la transition dont la nécessité lui avait fait prendre le poste. 

« Et compte tenu de la gravité de la situation, je ne pouvais plus m’accommoder que, dans les mots, dans les ambitions, dans les actions, on soit toujours dans le “ne faites pas de vagues”. Merde ! Mais si effectivement les conditions d’existence de l’humanité sont menacées à court terme, il faut peut-être se mettre un coup de pied dans le derrière. »

Et si cette démission était justement la manière pour Nicolas Hulot d’infliger ce coup de pied dans le derrière à notre société ? Déjà en 2012, sa candidature à l’élection présidentielle était, d’après son autobiographie Plus haut que mes rêves, « autant un acte d’espoir que de désespoir. Une alerte, un moyen de créer un sursaut chez mes concitoyens. »

Le sursaut n’a pas eu lieu en 2012, alors le voilà en 2018 avec une démission qui fait l’effet d’une bombe. Quelques minutes après avoir annoncé son départ du gouvernement, il prononcera ces mots : « J’espère que mon départ provoquera une profonde introspection de notre société sur la réalité du monde. J’espère que mon geste sera utile. »

Cette fois, le message est reçu cinq sur cinq. Une première marche pour le climat s’organise en réaction directe à cette démission et les mouvements se multiplient rapidement. C’est bien simple : en préparant ce magazine, je ne compte plus le nombre de personnes qui citent la démission de Nicolas Hulot comme déclencheur direct de leur « réveil écologique », qu’il se manifeste par un engagement associatif ou par le départ d’une entreprise aux valeurs peu engageantes.

Questionné sur l’introspection de la société qu’il appelait de ses vœux, Hulot acquiesce : « Oui, elle a eu lieu. Quand j’ai démissionné, une de mes inquiétudes c’est que ce soit reçu comme un geste de résignation et que cela entraîne, presque par contagion, une forme de résignation collective. Ce n’était évidemment pas l’effet que je voulais produire mais c’était le risque que je prenais. Sur le moment vous êtes tellement plongé dans l’émotion que vous ne mesurez pas les effets. Et la bonne nouvelle, la bonne surprise, c’est que cela a été très fécond : plutôt que de décourager, cela a mobilisé… et au-delà du cercle habituel des convaincus de la première heure. Ça, pour moi, cela a quand même atténué l’impact de la décision, qui était une décision lourde avec des effets négatifs et positifs, pour le rendre absolument positif. »

Pourtant, Nicolas Hulot n’avait pas prémédité sa démission pour causer un réveil citoyen, puisqu’il y a eu une grande part de spontanéité dans la déclaration faite ce matin-là sur les ondes de France Inter : « cette démission, elle est sortie toute seule, même si j’y avais pensé, même si cela m’a traversé la nuit qui a précédé. Et du coup elle a été – force est de le reconnaître – très spontanée et je crois très sincère. Mais j’aurais très bien pu me planter : avoir voulu me préparer avec des éléments de langage pour atténuer le truc, etc. 

Elle aurait pu être très mal comprise. Ce matin là, il y a eu un moment très privilégié où tout ce que j’avais à dire, je l’ai dit… et c’est sorti tout seul. Alors que, en rentrant dans ce studio, c’était une hypothèse parmi 10 que je démissionne ce matin-là. Parce que je savais que ce n’est pas comme cela qu’on démissionne, je savais aussi qu’il fallait que j’attende encore un petit peu… Mais au fond de moi, je savais que j’avais tout essayé et qu’à partir de ce moment-là, je me rendais complice d’une forme de mystification. »

Est-ce que le 28 août 2018 pourrait rester gravé dans le collectif, avec un avant et un après ? Nicolas Hulot tempère un peu : « Il faut relativiser… mais en ce qui concerne notre pays, qui est une petite partie de la problématique, oui, je pense que cela sera un point de référence. Je pense aussi que cela a provoqué un électrochoc pour le gouvernement actuel, puis dans toute la société. »

Il y aura aussi un avant et un après dans l’engagement de Nicolas Hulot qui a pu découvrir de l’intérieur le fonctionnement de notre démocratie. 

« Même si elle s’est conclue par une forme d’échec, l’expérience gouvernementale a été très enrichissante. Ma lecture de l’exercice du pouvoir de l’intérieur, me fournit encore plus d’arguments sur les difficultés de notre démocratie pour faire face aux enjeux du long terme, pour faire face à l’accélération du temps. J’ai vu de l’intérieur un certain nombre de choses que je pressentais de l’extérieur. Parce que pendant un an et demi, j’étais au cœur du pouvoir, et je me suis très vite rendu compte que le pouvoir était souvent en trompe-l’œil, qu’il n’était pas là où on le pensait. Ce n’est pas forcément très rassurant… mais identifier cette réalité, c’est déjà se mettre en situation de regarder pourquoi nos démocraties sont fatiguées, épuisées et ont parfois perdu la main dans un certain nombre de secteurs. »

Un modèle politique inadapté

Face à un ours blanc ou plongé dans le blizzard polaire, Nicolas Hulot a survécu aux pires conditions dans la Nature. C’est pourtant le monde politique qui semble avoir été le plus rude avec lui. Il acquiesce un instant avant de se reprendre : « Le monde politique est à la fois le plus prévisible et le plus imprévisible. Avec l’ours blanc, on n’est pas surpris ! Mais je ne veux pas tomber dans la démagogie de dire que tous les politiques sont ceci ou sont cela. C’est important parce que cela ne rend service à personne d’ajouter du discrédit aux politiques. Parce qu’une fois qu’ils sont de l’autre côté, les gens se rendent compte que ce n’est pas aussi facile que ça. Mais une chose est certaine : si vous êtes une personne horrible, la politique vous permet de laisser s’exprimer votre côté mauvais. Et d’en abuser. Mais si vous êtes habité par l’intérêt général… Il y a des gens besogneux, qui travaillent mais qui sont souvent malheureux de se heurter à une espèce d’inertie, de conformisme, venant notamment de l’administration qui vous décourage tout le temps : on vous explique combien votre idée est intelligente mais n’a aucune chance d’aboutir. »

Lorsque Nicolas Hulot prononce ces mots, on devine entre les lignes qu’il fait référence à sa douloureuse expérience d’élaboration d’une loi. Un parcours du combattant qui s’est finalement achevé en décembre 2017 avec l’adoption d’une loi visant la fin de l’exploitation des hydrocarbures en France d’ici à 2040. Il nous raconte :

« Vous allez à l’Assemblée Nationale pendant des nuits entières. Vous bouffez des amendements toute la journée. Au bout de plusieurs nuits exténuantes, votre loi est votée à l’Assemblée. Là vous vous dites, c’est sympa, j’ai une loi. Et on vous dit, prépare-toi parce que, la semaine prochaine, on part au Sénat. On recommence. Et au Sénat, comme vous n’avez pas la majorité, ils vous détricotent toute votre loi. Et vous y repassez des nuits, et pendant ce temps des dossiers s’empilent dans votre bureau. Après le Sénat, votre loi est vide de toute substance… vous regardez votre conseiller et vous dites, mais “euh bah merde il reste plus rien.” “Oui, mais t’inquiète pas, il va y avoir une commission paritaire et on va s’arranger, on va tout remettre.” La commission paritaire, elle n’arrange pas les choses. On repart à l’Assemblée. Le temps passé, l’énergie consacrée… pour finir je l’ai eu ma loi… mais à quoi bon ? C’est une espèce de jeu. Les sénateurs qui ont détricoté ma loi, en privé, ils me disaient : “ne m’en veux pas, mais on a la consigne.” C’est ce que dénonçait Victor Hugo, il disait que le problème de la politique, c’est que l’on préfère la consigne à la conscience. »

Voter contre ses propres convictions, par calcul politique, voilà une pratique qui fait l’effet d’un bug dans le système d’exploitation de Nicolas Hulot. Et les incohérences s’accumulent pendant les mois de son mandat au gouvernement.

« Un jour j’ai dit : quelqu’un peut-il me dire ce que je peux décider tout seul ? Et personne n’a été capable de me répondre. »

Mais il retrouve en vérité les mêmes incohérences qui le gênait déjà dans un rassemblement comme l’Assemblée Générale des Nations Unies : « J’étais un peu le seul à trouver que c’était du pipeau. Parce que les discours sont écrits à l’avance, parce que l’on fait des réunions de chefs d’États, mais on a écrit à l’avance la synthèse de la réunion. Moi je disais : attendez, si on fait une réunion sur ce sujet-là, ça veut dire que l’on va un peu se friter et on va trouver un accord. Comme un G7 ou un G20. Mais je suis bien placé pour vous dire que la plupart des comptes-rendus sont écrits avant. Ce n’est pas une idée de ce gouvernement, ni des hommes et femmes d’aujourd’hui… mais c’est petit à petit que cette démocratie s’est lissée. La diplomatie s’est lissée aussi. La diplomatie, c’est le compromis par le bas. C’est le plus petit dénominateur commun. Moi, je suis content quand je vois d’un coup Macron dire que Bolsonaro est un menteur. On va se fâcher avec eux mais au moins on va avancer. »

Mais force est de constater que rien n’avance jamais. « Tous les jours, vous vous heurtez à une raison de ne pas faire, nous raconte-t-il. Et donc pour pallier à ce déficit de pouvoir, on fait souvent ce que l’on appelle des débauches de communication : c’est beaucoup de mouvement, on fait venir la presse, on lance des grands plans tout en sachant pertinemment qu’on aura pas les moyens de les réaliser. Et c’est à tout ça que je n’ai plus eu envie de souscrire. Sans avoir pour autant, et il faut que j’ai l’humilité de le reconnaître, de solutions immédiates. » 

« Mais vous l’avez dit à Macron tout cela ? », demande l’une des lectrices présentes.

« Tout !, lance-t-il dans un souffle. Parce que l’on avait un dialogue permanent. J’étais pas coupé non plus. Mais le problème, c’est qu’il y avait ce que je disais au Président, ce que décidait Matignon et ce que décidait Bercy. Pour vous donner un ordre d’idée, avec mon cabinet, sur 2 mois on avait plus de 300 réunions interministérielles. Ce sont des réunions où l’on arbitre vos décisions. Au point qu’un jour j’ai dit : quelqu’un peut-il me dire ce que je peux décider tout seul ? Et personne n’a été capable de me répondre. » 

C’est le 28 août 2018 qu’il trouvera la réponse à cette question : il était en mesure de décider seul de sortir de ce gouvernement qui n’en faisait pas assez. 

Faire les choses en petit ne règle rien

Nicolas Hulot condamne vivement une société avant tout dirigée par une vision comptable. Pour lui, la solution semble toute simple : il suffirait de repenser la manière d’investir l’argent public. 

« Je prône ce que j’appelle une croissance et une décroissance sélective. Je pense qu’il y a des domaines dans lequel il faut désinvestir et des domaines où il faut investir à fond. Est-ce que l’on fait cette sélection ? La réponse est non ! 

Il faudrait être capable d’avoir une vision d’ensemble… parce que des choses semblent économiquement viables, mais sur le long terme, ce n’est pas le cas. En termes de conséquences sanitaires – et je ne parle même pas des conséquences climatiques, de l’utilisation des énergies fossiles sur la santé… Cela se chiffre en milliers de milliards d’euros chaque année.

Cet argent-là, s’il était mis dans l’éducation, dans la santé, dans la formation… Demain, on arriverait à s’affranchir de toutes les énergies fossiles, nos budgets s’en ressentiraient immédiatement. D’autant plus que si on s’approvisionne en énergie avec le soleil, le vent, la géothermie… le vent est gratuit, le soleil est gratuit, on perd cette vision. 

On va corriger les choses… mais le gros modèle central, on ne le remet pas en cause. 

On va faire un peu d’énergies renouvelables, l’économie on va faire un peu d’économie sociale et solidaire. 

C’est la démocratie, on va faire une petite assemblée citoyenne. 

Mais là il faut faire les choses en grand ! Il y a cette jolie phrase de Mandela qui disait : « Nous réduire ne rends pas service au monde », mais faire les choses en petit ne règle rien. On manque de vision et d’ambition… probablement, parce qu’on est tétanisé. 

On se dit que si on change trop, le peu qui marche va s’effondrer. Mais pour pouvoir changer en grand, il faut une vision d’ensemble partagée avec les citoyens. 

Comment créer cette vision collective ? Comment créer cette adhésion ? Dans une société où tout est confrontation, où tout est polémique… Ça aussi, c’est une vraie question. » 

Le combat contre le court-terme

Un thème reviendra en fil rouge lors de ces deux heures de rencontre : le besoin de sortir du court-termisme de notre société pour repenser le long terme.

« Je l’ai vu au gouvernement : on était en permanence dans l’urgence. La part accordée à la réflexion était infime. À un moment ou un autre, vous êtes obligé d’être dans l’écume des choses, sans pouvoir évaluer chacune de vos décisions. Je prenais 10 décisions en 10 minutes alors que chacune aurait mérité que je prenne une demi-journée pour l’évaluer.

Il y a un côté effrayant de voir que je passais mon temps à dire : “est-ce que l’on peut me laisser réfléchir ?” »

De nombreux facteurs sont à prendre en question, mais Nicolas Hulot lancera notamment la pierre aux médias et au rythme qu’ils imposent au pouvoir.

« Si vous ne faites pas de média, on considère que vous ne faites rien, confie-t-il. « Les médias vous mettent de la pression en permanence sur tout. Et quand vous réfléchissez à un sujet, avant même de l’avoir pensé et éventuellement réglé, les médias vont créer une forme de diversion. Vous mettez un plan sur la table… si une des 60 mesures présentées est ambiguë, on ne va retenir que ça. Expliquer en 3 minutes au journal de 20 heures pourquoi il faut donner un prix au carbone, c’est impossible. Ce tempo médiatique rend la pédagogie particulièrement difficile. On est dans une société où tout s’accélère… tout va plus vite qu’avant. L’État fait ce qu’il peut. Il réagit. Quand il y a des flammes, il les éteint. Mais sur les causes structurelles, et sur le fait de faire émerger un nouveau modèle de société… il n’a pas le temps. »

« Je prenais 10 décisions en 10 minutes alors que chacune aurait mérité que je prenne une demi-journée pour l’évaluer. »

À l’écouter, on pourrait penser que notre civilisation avance les yeux bandés, et que l’avenir n’est qu’un concept vide de sens. Il appelle à ce que l’on se pose les grandes questions suivantes :

« Est-ce qu’on sait où on va ? Est-ce qu’on sait où on veut aller ? Est-ce qu’on sait où on peut aller ? Tous les possibles ne sont pas ouverts. Aujourd’hui, par la contrainte écologique, par la raréfaction des ressources, par la contrainte climatique, par la situation géopolitique du monde – c’est-à-dire dans un monde où les inégalités se confrontent – tout n’est plus possible. Et on a tendance à perdurer, à entretenir, à espérer et poursuivre un modèle qui n’est plus la solution, mais qui est le problème. »

Mais a-t-on par ce constat esquissé une solution ? Parce que si nous nous accordons tous sur la dimension problématique de notre société, la voie à prendre ne semble pas pour autant simple. 

« Ce n’est pas quand votre bateau est pris dans la tempête que vous pouvez imaginer un nouveau bateau, lance Nicolas Hulot. Il y a un moment où il faut être tranquille au port. Nos démocratie sont toujours dans la tempête… la crise est permanente et ce n’est pas là qu’on va devenir le plus disruptif. Il faut être totalement disruptif, il faudrait oser des choses. Oser dans des régions, dire qu’on va faire un territoire zéro-chômeur, mettre tout l’argent du chômage dans la formation. Se dire : “tiens, on va mettre ce territoire à 100% sur le stockage des énergies intermittentes, on en fait un territoire hydrogène, et on voit si ça marche.” Ce sont des idées. Mais non, on reproduit un modèle avec de petites corrections à la marge, parce que le temps de réflexion n’est pas là. Le temps de prospective n’est pas là. S’il y avait une assemblée du futur, elle devrait auditionner en permanence des inventeurs, des créatifs, des gens qui ont réalisé des choses, pour voir si cela peut être reproduit. »

Une assemblée du futur ou une chambre du futur – si les appellations divergent, l’idée d’une entité dédiée aux enjeux de long terme n’est pas nouvelle. Même le candidat Macron l’avait ajoutée à son programme dans l’entre-deux-tours de la dernière présidentielle, mentionnant que la proposition était portée par son futur ministre de la transition écologique et solidaire. 

Nicolas Hulot en dessine les contours avec conviction :

« Je ne dis pas qu’il faut changer la démocratie, mais j’ai vu de l’intérieur combien elle est prise de cours, combien elle est dans une espèce de stress permanent au moment où nos sociétés ont besoin le plus d’être documentées, apaisées. Parmi les solutions – l’idée ne vient pas de moi mais je la promeus depuis longtemps – il faut en France une troisième chambre : une chambre du futur, avec des scientifiques, des corps intermédiaires, des citoyens tirés au sort, des ONG… et on a une grille de lecture, c’est le futur. Mais il faut lui donner un poids politique… sinon ça ne sert à rien. Sinon on fait des rapports qui ne servent à rien. Il faut lui donner un droit de veto suspensif. Il faut permettre à ces gens-là d’exiger de l’exécutif ou du législatif de revoir leur copie en cas de mesure qui compromet le futur. Et puis une obligation d’audition et de motivation si l’exécutif et le législatif ne tiennent pas en compte de leurs préconisations. »

Cette troisième chambre viendrait donc en complément de l’Assemblée et du Sénat. A moins que… Nicolas Hulot semble toujours garder une rancœur, peut-être justifiée, après son expérience de la promulgation d’une loi. Il se demande : 

« Est-ce que le Sénat est indispensable ? Je n’en sais rien. Le CESE (Conseil Economique Social et Environnemental) est utile mais pas efficace car il n’a pas de pouvoir ni de poids face au législatif ou à l’exécutif. Je préférerais qu’il y ait un lieu qui soit là pour planifier, anticiper, appréhender, évaluer, expertiser, auquel on pourrait confier des problématiques comme : “est-ce que vous pensez que l’on peut se passer du glyphosate, si oui comment ?” ou “est-ce qu’on doit sortir du nucléaire et comment ?” Des questions de société très importantes, mais traitées aujourd’hui rapidement entre trois trucs. »

Nicolas Hulot invoque alors un vieux serpent de mer : la Sixième République, le régime politique qui devrait succéder à notre Cinquième République par le biais d’une révision constitutionnelle. 

« Tout cela mérite d’être repensé à un moment ou un autre… alors est-ce que ce sera dans une Sixième République, je n’en sais rien. »

« Ce n’est pas quand votre bateau est pris dans la tempête que vous pouvez imaginer un nouveau bateau. »

La prochaine étape

« Il est trop tard pour ne rien faire », scande notre couverture, raison pour laquelle nous avons voulu axer une grande partie de nos articles sur l’action : quels sont nos leviers ? Comment agir concrètement ?

Mais quand la question vient sur le tapis de cette interview… la réponse n’est pas immédiatement satisfaisante. En effet, alors qu’il s’exprimait sur le besoin de faire émerger une intelligence collective pour que l’ensemble de l’humanité puisse faire un « saut qualitatif », une lectrice interpelle Nicolas Hulot : « Mais comment on la met en place ? » Ah, ce sempiternel besoin de concret qui semble nous animer… nous en avons assez des mots qui ne deviennent pas des actions. 

Alors comment mettre en place cette vision et intelligence collective ? Nicolas Hulot répondra du tac au tac :

« Je ne sais pas ! La réponse : je ne sais pas ! Comment on peut créer une espèce de lobby des consciences irrésistibles pour se retrouver sur l’essentiel. On est nombreux à chercher. Mais c’est sûr que c’est difficile à trouver… parce que cela nécessiterait que l’on puisse créer des passerelles, et vous voyez bien qu’on est en train de dresser des murs. C’est pour ça que c’est à la fois particulièrement inquiétant, et en même temps… vous avez une société parfois invisible, des femmes, des hommes, des associations, mais aussi des collectivités et des entreprises qui agissent ! Comment on peut faire converger tout cela ? C’est ce à quoi il faut travailler, et pas  en se mettant en situation de ne rien faire qui divise et qui sépare. C’est la discipline que je m’impose : y compris quand je me fais agresser. J’essaie de ne pas répliquer : compte tenu de la gravité de la situation, il faut rester sur le fond et faire en sorte de rassembler, de faire converger. »

Il cite alors des propos que Martin Luther King a tenus en parlant du mouvement des droits civiques : « Nous devons apprendre à vivre ensemble comme des frères, sinon nous allons mourir tous ensemble comme des idiots. »

Nicolas Hulot est donc en recherche active depuis un peu plus d’un an. Enfin pas tout à fait. En l’interrogeant sur les événements qui ont suivi sa démission, nous l’avons cité : 

« On m’a imaginé malheureux, meurtri dans un coin, ruminant ma défaite et traînant ma blessure comme une ombre. La vérité est qu’après quelques jours d’abattement, j’ai tourné la page. »

On pourrait croire que Nicolas Hulot parle de sa démission du gouvernement, mais ces mots ont été écrits à propos de la présidentielle de 2012. Nous lui avons demandé si la même chose s’est produite après sa démission : a-t-il eu quelques jours d’abattements avant de tourner la page ?

« Très sincèrement, je n’ai pas eu d’abattement. D’abord parce que je me suis rendu compte que c’était nécessaire, justifié et constructif, que c’était un acte fondateur. Si ma démission avait été mal comprise, mal perçue, mal interprétée, peut-être que cela m’aurait atteint. Et je n’ai eu aucun doute sur le fait que je l’ai fait au bon moment, avec les bons mots. 

Après, pour être très franc… du jour au lendemain, vous êtes libéré d’une tonne de soucis… donc il y a aussi un moment où vous vous dites… pfiou, putain quel pied. Je n’ai pas été ministre pendant très longtemps, mais je peux vous dire que pendant un an et demi vous ne vous appartenez pas. Et les emmerdes chassent en escadrille. Ça n’arrête pas ! Donc mine de rien, j’en ai profité à retrouver mes enfants, ma famille, mes amis.

Après, je suis tombé dans une forme de désarroi : qu’est-ce qu’on fait maintenant ? Je ne suis pas le seul hein… on est nombreux à se poser la question. Qu’est-ce qu’on peut faire d’utile qu’on n’a pas fait ? Pourquoi on y travaille depuis 30 ans et que, pour finir, ce qu’on voulait éviter nous arrive en pleine figure. La question récurrente : qu’est-ce que l’on fait de toutes ces volontés, de toutes ces initiatives qui sont disséminées, qui agissent localement mais qui ne pèsent pas collectivement ?

Alors j’en ai profité aussi depuis un an pour beaucoup écouter, beaucoup lire, beaucoup me ressourcer… et je sais que cette étape est importante. Je ne sais pas où elle va me mener encore… mais je sais qu’elle était indispensable.

J’étais quand même 3 ans dans les préparation de la COP, j’ai été un an et demi ministre, au bout d’un moment tu t’assèches un peu aussi. Et puis tu t’aperçois qu’il y a d’autres gens à rencontrer, qui ont d’autres visions, etc. 

Donc cela a été une année de ressourcement. » 

Il m’a fallu quelques secondes pour laisser aux mots de Nicolas Hulot le temps de faire leur chemin en moi. L’une des plus grandes figures de l’écologie française, le grand défenseur de la planète, était en train de me dire qu’il ne savait pas quoi faire face à notre crise actuelle et qu’il était dans une grande période de questionnement.

Puis, la révélation : alors que je partageais entièrement le constat de Nicolas Hulot sur la nécessité de repenser notre société sur le long terme, j’étais déçu de ne pas l’entendre arriver avec un plan, j’avais encore ce réflexe de vouloir tout, tout de suite. Je voulais une solution.

Il nous rappelle d’ailleurs qu’il n’y aura pas d’homme providentiel, notamment quand l’une des lectrices présentes le questionne sur ses ambitions pour la présidentielle 2022 : 

« C’est m’accorder des vertus, des pouvoirs que je n’ai pas. Je ne vois pas pourquoi moi. Peut-être que je pourrais assurer le rôle autrement, mais tant qu’on est pas d’accord sur les priorités, tant qu’on ne sait pas comment on redope l’économie en allant chercher des moyens là où ils sont, il n’y aura pas d’homme ou de femme providentielle. Et pour ces ambitions, il faut avoir beaucoup, beaucoup d’énergie. Et je pense que je n’ai plus l’énergie nécessaire. »

Avant même qu’il n’ouvre la bouche pour répondre à cette question, je m’étais fait la réflexion que Nicolas Hulot allait éluder la question : faire une réponse d’homme politique qui ne nous donnera pas de grandes indications. Et pourtant, quand il prononce les mots : « Je n’ai plus l’énergie nécessaire. » Je l’ai immédiatement cru. Ces yeux et son visage sont marqués par 32 années de combat pour notre environnement.

Il avait commenté la fin de la campagne présidentielle de 2012 en disant : « J’ignore si je referai un jour une autre incursion en politique. J’ai fait, semble-t-il, la démonstration que cette voie-là pour moi est sans issue. Mais j’ai appris à ne jamais dire “jamais plus”. »

On ne peut que se demander si l’avenir le fera à nouveau changer de cap pour revenir vers ce monde politique, qu’il n’aura jamais appris à aimer mais qui est primordial dans son combat. 

S’il nous a convaincus de son manque d’énergie pour l’exercice éreintant et les coups bas d’une campagne présidentielle, Nicolas Hulot a sans nul doute un rôle à jouer pour nous aider dans le renouvellement de notre société.

« Pour l’instant, mon objectif c’est de valoriser… faire parti de la solution, faire converger, rassembler… et étape après étape, on verra ! »

Et pourtant, après 32 ans d’un combat qui pourrait ressembler au Sisyphe qui pousse continuellement un rocher vers le sommet d’une montagne sans jamais l’atteindre, Nicolas Hulot n’a pas perdu espoir : « Certains ont basculé depuis quelques temps dans une forme de fatalisme, et sont tombés dans la collapsologie. C’est une tentation que j’aurais pu avoir mais, heureusement, je me suis ressaisis. Je n’adhère pas du tout à ça. Que l’effondrement soit une hypothèse parmi d’autres, qu’il ne soit pas exclu que que des facteurs fassent tomber les sociétés de ce siècle dans le chaos… Ça c’est clair ! Des civilisations se sont effondrées pour moins que ça.

En même temps, je pense que personne ne peut se prévaloir de dire à quoi va exactement ressembler le futur. Que les choses soient tendues et qu’on manque de temps : oui. 

La bonne nouvelle, c’est que si on destine les outils technologiques, économiques et financiers à endiguer ces difficultés-là, on peut le faire. Mais il faudrait le faire très rapidement. On n’a pas besoin de plus d’argent, il faut aller le chercher là où il est… et le flécher là où il faut. »

Malgré la gravité de son combat, Nicolas Hulot n’a donc pas perdu espoir, ni sa capacité de profiter de la vie. Comme pour désamorcer la pesanteur de ses propos, il fera deux apartés pour nous informer sur le fait qu’il ne s’agit pas de sa seule facette : « Je sais que quand on m’écoute on peut se dire : pas gai. Encore une fois, cela ne m’empêche pas d’occulter tout ça et d’avoir des moments de légèreté dans la journée. » 

Mais le secret de la longévité du combat de Nicolas Hulot se résume pour lui aux rencontres qu’il a pu faire : 

« Ce qui me porte dans mon engagement, sinon j’aurais abandonné pour profiter de la vie, c’est que je rencontre des gens géniaux au quotidien. Parfois des gens notoires, mais aussi des gens totalement anonymes, qui font le boulot, qui travaillent, qui ont le bel esprit, qui innovent, qui partagent… 

Et ce qui me fait garder la foi, c’est que je me dis que ce n’est pas possible que ça ne l’emporte pas sur le reste à un moment ou un autre.

Pour moi il y a deux humanités : il y a une humanité qui travaille pour le bien commun et une humanité qui accapare le bien commun. Et je pense que l’humanité qui travaille pour le bien commun est plus nombreuse que celle qui accapare le bien commun, mais moins organisée. »

Il y a énormément d’espoir dans les propos de Nicolas Hulot. Et si certains pourront lui reprocher d’être naïf ou utopique, il leur répondra que l’utopie est justement ce qui précède la réalité.

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