ÉCONOMIE SOCIALE & SOLIDAIRE

Elisa Yavchitz

L’Économie Sociale et Solidaire au coeur des JO

Interview : Valentin Pringuay  ⎮  Article : Anne Taffin

Photographie : Benoit Florençon & Valentin Pringuay

Cet article a été publié dans le cadre de la communauté économie sociale & solidaire en partenariat avec SNCF Développement, la communauté qui vous emmène la rencontre d’entrepreneurs qui allient activité économique et utilité sociale.

TERRA INCOGNITA #02 ● ENTREPRENEURS DES MÉDIA

Impulsée par la ville de Paris, la maison des économies solidaires et innovantes a pris ses quartiers dans l’ancienne administration des Canaux en novembre dernier. Le lieu, entièrement dédié à l’écosystème des acteurs de l’Économie Sociale et Solidaire (l’ESS pour les intimes), mise sur l’intelligence collective et le partage pour développer une économie jugée d’avenir par Elisa Yavchitz, sa directrice.

Derrière une façade plutôt classique faite de pierres de taille, la bâtisse cache un intérieur moderne et design surprenant. Sur trois étages, les Canaux abritent des salles de réunion, un espace de réception et des bureaux pensés de manière entièrement responsable. « Les poignées de porte et les vitres proviennent de chantiers, les tables ont été fabriquées à partir d’anciens échafaudages tandis que les luminaires sont en papier cuisson », raconte Elisa, fière du résultat obtenu. Bien plus qu’un lieu de partage, « c’est aussi une vitrine de ce qui peut déjà être fait en matière d’économie circulaire et durable », explique Elisa. Une première manière de casser les préjugés sur une économie durable souvent jugée « à la marge » et pourtant pleine d’avenir.

 

De la mairie de Paris à l’ESS…

Si Elisa ne tarit pas d’éloges à propos des Canaux, elle peine à nous parler de son parcours. Pourtant, son goût pour l’ESS n’est pas inné. Diplômée de Paris Dauphine, elle exerce d’abord dans le domaine du conseil pendant 12 ans, puis rejoint le ministère de la santé avant de devenir la plume d’Anne Hidalgo et, finalement, sa conseillère économique. À cette occasion, elle découvre « les choses formidables réalisées par les entrepreneurs solidaires dans une période de crise ». Son engouement pour l’ESS ne cesse de croître et sa frustration aussi. Elle commence à avoir le sentiment « de ne pas en faire assez pour cette nouvelle économie ». Alors lorsque Anne Hidalgo lance le projet des Canaux, elle ne résiste pas à l’envie d’en faire partie et quitte son poste à la Ville. C’était il y a tout juste un an et demi.

Elisa commence donc par rencontrer une quarantaine d’entrepreneurs. « Tous ont souligné le besoin de locaux et surtout de salles de réunions assez grandes pour accueillir leurs équipes et leurs bénévoles. » Le projet des Canaux devient clair : offrir un lieu de partage et d’échange aux start-up de l’ESS pour qu’elles puissent se professionnaliser.

L’équipe du projet trouve alors un premier emplacement. Mais la durée des travaux l’oblige à renoncer et se tourner vers un lieu plus modeste. L’ancienne administration des Canaux, située sur le canal de l’Ourcq, est finalement choisie. En moins d’un an, le projet voit le jour.

Cette rapidité à ouvrir n’est pas anodine. Si l’urgence climatique pousse au développement d’une autre économie, les Canaux doivent également relever un autre défi : préparer les start-up de l’Économie Sociale et Solidaire aux Jeux Olympiques de 2024. L’occasion rêvée de prouver que « l’économie solidaire n’est pas une économie à la marge mais bien une économie à échelle mondiale », pour Elisa.

 

Les JO au cœur des Canaux

Socialement, écologiquement et financièrement coûteux, les précédents JO ont suscité de vives critiques. À contre-courant, la candidature parisienne a tout misé sur l’organisation de jeux responsables et inclusifs. Impossible de ne pas associer les Canaux au projet. « Avant même l’ouverture des Canaux, nous avons accompagné l’équipe de candidature des JO en mobilisant plus de 150 startups », explique Elisa. Le dossier de candidature devait prouver la faisabilité et la crédibilité d’une telle proposition.

Et l’enjeu est de taille. « Il va falloir nourrir 10 000 athlètes pendant 10 jours, en tenant compte de la nourriture de chacun », souligne Elisa. Sans parler des transports, de la gestion des déchets, des commodités. Mais Elisa est confiante. De nombreuses initiatives existent déjà comme les verres recyclés et recyclables qu’utilisent évidemment les Canaux. Plus loin que l’alimentation et les transports, Elisa veut « offrir aux spectateurs une nouvelle expérience avec des visites autour de l’agriculture urbaine, des toits parisiens ou même leur proposer de se baigner dans le canal, par exemple ». Tout l’enjeu des JO est de réussir un changement d’échelle pour les start-up de l’ESS. C’est le rôle qu’espèrent jouer les Canaux en « les faisant monter en compétence et se professionnaliser », explique Elisa, pour qui le challenge commence dès maintenant.

Au cours des 8 prochaines années, la France accueillera d’autres évènements comme la coupe du monde de rugby. Autant de tests qui permettront aux start-up choisies de s’améliorer. L’association a aujourd’hui besoin de mécénat de compétences, de programmes de coaching ou encore d’aide pour l’élaboration d’appels d’offres. C’est là que les partenaires et l’écosystème des Canaux entrent en jeux.

 

Laboratoire d’intelligence collective

Dès les débuts du projet, de grandes personnalités comme Pascal Canfin (directeur de WWF), Marie Sabot (fondatrice du festival We Love Green) ou encore Eric Pliez (directeur des établissements Aurore) ont immédiatement répondu présents pour participer au projet. Aujourd’hui, l’écosystème des Canaux compte 50 partenaires qui dispensent des formations en fonction de leur expertise : crowdfunding pour Ulule, business plan pour la Caisse d’Epargne, etc.

Le tout fonctionne sur le principe du don et du contre-don. Le cabinet d’avocats hébergé dans les locaux bénéficie de bureaux propres, de salles de réunions et d’un lieu pour d’éventuelles soirées ou expositions. En contrepartie, il apporte son aide pour la rédaction d’appels d’offres et sur d’autres questions d’ordre juridique. Grâce à ce système, l’équipe des Canaux est composée uniquement d’une dizaine de personnes, qui jouent toutes le rôle de trait d’union en créant des synergies entre « les grands groupes et les startups mais aussi entre les acteurs de l’ESS et les citoyens ».

 

L’Agora : une gouvernance collégiale

Autre singularité du lieu, son mode de gouvernance. Imaginés pour promouvoir l’ESS de manière large, les Canaux ont souhaité inclure toutes les personnes qui le désirent dans la vie de l’association. Regroupés au sein d’une Agora, les citoyens, institutionnels, entrepreneurs et même étudiants qui le voulaient ont été invités à élaborer la direction stratégique du lieu. « Nous avons travaillé pendant une matinée entière ensemble, de manière très concrète : du nom des programmes jusqu’à l’élaboration de leur contenu », explique Elisa. Les institutionnels ont pu indiquer, dès le départ, ce qu’ils pourraient apporter aux projets, « ce qui facilite aujourd’hui leur mise en œuvre », indique Elisa. Dans un schéma normal, une vingtaine de personnes auraient participé à cette réunion. Ce mode de gouvernance, relativement atypique, est aussi une manière d’ouvrir ses portes à d’autres acteurs que les entreprises : le grand public et les futurs jeunes actifs.

 

Le social business a la côte !

Malgré les crises, le secteur de l’ESS connaît un succès grandissant depuis quelques années et ne cesse de se développer. La France possède d’ailleurs « l’écosystème le plus riche en matière d’économie inclusive ». Un avantage non négligeable dans la course  à l’attractivité que se livrent les grandes métropoles. En effet, plusieurs études montrent que « celles qui développent ce genre d’économie sont également celles qui vont de l’avant », explique Elisa.

Et parce que 10% d’emplois dans l’ESS ne suffisent pas, les Canaux travaillent également avec les écoles et les étudiants en organisant des visites ou des hackathons, par exemple. « Les universités de Cambridge, du Massachusetts et de Columbia », souligne fièrement Elisa. Depuis les années 2010, un nouveau paradigme a envahi le monde du travail : la quête de sens. On observe depuis quelques années un « grand mouvement d’entrepreneurs qui veulent créer des entreprises à fort impact ». Les certifications en business social sont de plus en plus demandées au détriment de la finance. L’éducation est donc un point essentiel pour montrer aux enfants, dès leur plus jeune âge, qu’une économie durable et respectueuse de la planète et des hommes est possible. Des évènements sont également organisés pour promouvoir ces start-up et leurs produits auprès du grand public. En ouvrant les start-up à de nouveaux marchés, Elisa espère démocratiser des produits éco-responsables encore assez onéreux et ainsi permettre au grand public de devenir un véritable consom’acteur au quotidien.

En collaborant avec des tiers-lieux de toute la région francilienne, Elisa espère essaimer de l’ESS un peu partout en France et construire une économie nationale et internationale plus inclusive.

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