ECONOMIE CIRCULAIRE

Eric Philippon

FAMAE

Make our planet Green again

 

Interview et photographies : Valentin Pringuay

Photographies : Anne Taffin

 

TERRA INCOGNITA #04  S’ENGAGER POUR UN MONDE MEILLEUR

« Le truc qui me réveille la nuit, c’est de me dire que je laisse un monde de merde à mes enfants ; ça me prend aux tripes ».  C’est avec cette formule qu’Eric Philippon, explique pourquoi il a fondé FAMAE. À 50 ans, après une succession de réussites professionnelles, ce père de 3 enfants, se lance à corps perdu dans le secteur de la greentech. Avec sa fondation FAMAE, il ambitionne de changer le monde, rien que ça ! Pour se faire connaître, il a lancé un concours d’innovation dotée d’un million d’euros. Objectif du premier round : lutter contre les déchets, les couches et le plastique.

Contrairement à un certain nombre d’entrepreneurs que l’on a rencontré, Eric P.  ne regrette absolument pas son passé dans le conseil et la finance. Il en parle avec humour, bonne humeur et une certaine fierté. Et il y a de quoi aux vues de ses réussites…

Diplômé de polytechnique, il poursuit ses études aux Etats-Unis où  il « étudie le film noir pour s’ouvrir les neurones ». Sa curiosité à toute épreuve sera un formidable atout pour la suite de son parcours.

Recruté dans le cabinet de conseil A.T Kearney, il travaille un an en Asie puis au Brésil « dans le retail, le milieu du capital investissement et l’optimisation des coûts ». À la fin des années 90, il est chassé par la Caisse des dépôts pour « une activité d’achat d’entreprises avec effets de levier ». Pendant 6 ans, avec une équipe de trentenaire, ils investissent dans des entreprises et réussissent à multiplier par trois leur capital investissement initial. « On était intéressé sur les résultats, on a tous très bien gagné notre vie » reconnaît Eric, qui garde surtout un sentiment de liberté de cette époque. L’aventure prend fin et il décide de monter un fonds d’investissement avec un ami qu’il fusionnera avec 123 venture dont il restera au comité directoire. « Pendant 10 ans, j’ai fais beaucoup d’investissements avec du capital développement dont 300 millions d’euros dans les énergies renouvelables ». À cette époque, il s’intéresse beaucoup au développement durable, notamment aux projets relatifs aux éoliennes et au gaz naturel. « On s’est rendu compte qu’il y avait une demande des investisseurs, un marché et un bénéfice pour la société. La finance durable doit posséder un rendement, même s’il est mesuré, sinon c’est de la philanthropie ».

Eric parle de ses sujets comme un expert. Chaîne de production, compositions, étapes de fabrications et recyclage des matériaux, rien ne semble lui échapper. Pour investir, à moindre risque dans les entreprises, il faut tout connaître de leur business (ou presque). Investir dans les greentech n’était, qu’une suite logique dans son parcours.

 

Un projet aussi familial qu’environnemental

Né à Saint-Junien, près de Limoges, Eric grandit avec la mer comme terrain de jeu. « L’été, j’allais ramasser les plastiques sur la plage d’Oléron. Mes grands parents avaient également une maison au bord de la mer et j’ai vu l’influence directe du réchauffement climatique avec la montée des eaux » explique t-il. Sa sensibilité à l’environnement n’est pas nouvelle, elle s’est insinué en lui depuis sa tendre enfance. Et aujourd’hui, c’est en pensant à l’avenir de ses propres enfants, qu’il se bat pour défendre la planète.

« J’ai gagné de l’argent et je me suis dit qu’il était temps de faire quelque chose de beau, de bien ». Une sorte de social calling qui l’a mené à monter FAMAE, une fondation qui veut financer des « objets simples et innovants permettant d’améliorer la vie quotidienne de centaines de millions d’urbains et baisser leurs dépenses tout en réduisant leur empreinte environnementale dans les domaines des déchets, de l’eau, de l’alimentation, de la qualité de l’air, de l’énergie… ».

Ce projet est une prise de conscience, une volonté de s’engager et surtout, une initiative familiale. « En 2016, nous avons eu une réunion de famille très émouvante et j’ai voulu proposer un dernier projet à mes parents » explique Eric. Même si ceux ci ne travaillent pas vraiment dessus, ils participent à son développement.

Le nom même de FAMAE est un clin d’œil à sa famille et correspond à la première lettre des prénoms de ses parents et de ses frères et sœurs.

 

« La prochaine innovation technologique sera durable » 

L’idée même du concours nait un peu avant l’été 2016 alors qu’il discute avec un ami de sourcing, c’est à dire, « la manière dont on trouve les entreprises sur lesquels on va investir » explique Eric. Conférences, salons, concours…les canaux sont divers et l’idée du concours fait tilt.

Mais dans la jungle des concours, offrir 1 million d’euros ne suffit pas. Il faut réussir à sortir du lot. « La fondation Ellen McArthur vait a organisé un concours doté  de 100 millions de dollars pour tout groupe qui réussirait à résoudre un problème de société ». En dehors des Etats-Unis, celui-ci n’a eu qu’un faible écho et les organisateurs n’ont reçu que 6000 candidatures, un ratio assez faible vu la notoriété de la fondation et le budget alloué. Eric concède avoir fait de la publicité sur les réseaux sociaux. « Mon stagiaire a été très bon, il a ciblé des villes africaines et indiennes, ce qui nous a permis d’attirer des startups étrangères. J’envisage d’ailleurs d’organiser un concours africain pour des solutions plus low tech ». Résultat, 1500 candidatures reçues, un bon chiffre pour Eric. Parmi celles-ci, certaines proposaient des solutions vraiment innovantes, d’autres des idées déjà vues.

L’équipe de FAMAE en a retenu une première série qui a dû passer l’épreuve du bootcamp. Durant un week-end, elles ont été confrontées à un panel d’entrepreneurs, d’incubateurs et d’écoles. L’équipe de FAMAE a ensuite discuté avec des entreprises pour déterminer quelles seraient les 15 pépites qui pitcheraient leur projet devant un grand jury le 24 mai 2018. Un jury qu’Eric a voulu très sélectif et surtout qualitatif. Pas de journaliste et pas d’institutionnel, excepté Cédric Villani. « J’ai eu beaucoup de mal à trouver des femmes mais celles que j’ai choisi sont excellentes et expertes dans leur domaine » avoue Eric.

Les grands vainqueurs recevront ainsi une aide financière pour développer leur projet. « Il faudra aussi les accompagner et les héberger ensuite chez Makesense, à la Ruche ou à l’ESSEC. Tout le monde nous appelle pour nous proposer des programmes, payants évidemment ». Eric envisage également de créer une base de données pour recenser les projets qui n’ont pas gagné. À termes, les demandeurs de solution paieraient pour y accéder, ce qui donnerait une sorte de meetic des greentech !

 

Investissements d’avenir

L’avenir de FAMAE s’écrit dans la durée. Pas question de s’arrêter maintenant. L’an prochain, un concours doté de 2 millions d’euros sera organisé sur le thème de l’eau. L’objectif est de l’ouvrir à l’international en proposant peut être une troisième langue comme l’espagnol. Il veut aussi créer un fonds doté de 100 millions d’euros à termes « entièrement dédié aux greentechs ». Et pour faire connaître ces futurs pépites et son concept, quoi de mieux que de l’immortaliser, de l’incarner dans un lieu ? Un immeuble de 1500m2 devrait voir le jour d’ici 2020.  « Il faut que ce soit un démonstrateur comprenant la récupération des eaux de pluie, la végétalisation, de l’urban farming, peut-être une salle de sport où l’énergie sera récupérée… ». Les idées foisonnent pour réussir à « compenser au maximum les besoins en énergie ou en zéro déchet même si une autonomie totale est actuellement impossible » reconnaît Eric. Pour le moment FAMAE reste hébergé sur le site des Grands Voisins, dans le 14ème arrondissement de la capitale.

1 Commentaire

  1. SISSOKO Madiboye

    Bonjour, nous sommes l’ONG Eau et Énergies Renouvelables pour Tous au MALI.(TEMER), après avoir visité votre site, nous nous sommes convaincus de notre convergence. Aussi, nous sollicitons
    un partenariat avec votre Fondation. Cordialement,
    Le Coordinateur
    SISSOKO Madiboye

    Réponse

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